Derrière le code-barre

Du le rapport “DERRIÈRE LE CODE-BARRE“, du Oxfam

L’industrie alimentaire mondiale a beau engendrer des milliards de revenus chaque année, mais les résultats de l’etude montrent que les géants de la grande distribution empochent une proportion croissante de l’argent dépensé par leurs clients, tandis que la part modique réservée aux producteurs de leurs denrées alimentaires est semblable à une véritable peau de chagrin. Les inégalités qui en découlent dépassent l’entendement. Nous vivons à une époque où, d’un côté le chiffre d’affaires du plus grand groupe de supermarchés au monde est supérieur au revenu national brut de pays comme la Norvège ou le Nigeria, et de l’autre pour au moins 80% de son alimentation le monde dépend de la production de paysannes et paysans. Les supermarchés ont une responsabilité envers ces producteurs et nous détenons davantage de pouvoir que nous le pensons pour leur demander des comptes.

Au cours des 30 dernières années, la crise mondiale des inégalités a eu pour effet d’accroître la puissance et la rétribution financière des grandes entreprises et d’autres détenteurs de capital aux dépens des citoyens ordinaires, notamment de celles et ceux qui cultivent et transforment les produits alimentaires que nous consommons. La concentration du marché du secteur agroalimentaire est plus extrême que jamais à tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, et le secteur de la distribution alimentaire ne fait pas exception.

Dans la plupart des pays développés et de plus en plus aussi dans les pays en développement, une poignée seulement de géants de la grande distribution dominent les ventes de produits alimentaires. Souvent au détriment des magasins et des marchés locaux. Dans les plus grandes entreprises américaines, on constate ainsi depuis dix ans une hausse constante des dividendes versés aux actionnaires, de 59%, et des salaires des dirigeants, de 74%. Des États-Unis à la Thaïlande en passant par l’Afrique du Sud, il s’agit là d’un secteur qui attire les investissements de quelques-unes des élites les plus riches et les plus puissantes de ces pays.

Seulement 10% des dividendes versés aux actionnaires des trois plus gros supermarchés américains en 2016 suffiraient pour hisser au minimum vital le salaire de plus de 600000 travailleurs de la filière thaïlandaise de la crevette. Comme le suggèrent les travaux de recherche pour ce rapport, le prix à payer pour combler l’écart entre un salaire de misère et un salaire minimum vital est négligeable pour les multinationales. Des travaux de recherche similaires fondés sur des bases factuelles sur le coût de la vie réalisés par des syndicats montrent que pour assurer un salaire minimum vital, il suffirait tout juste d’une hausse de 3 centimes de dollar du prix d’un melon au Honduras, ou de moins de deux centimes de dollar sur une banane au Guatemala.