Mettre les systèmes alimentaires au service d’une transformation rurale inclusive

Mettre les systèmes alimentaires au service d’une transformation rurale inclusive

Du le report “LA SITUATION MONDIALE DE L’ALIMENTATION ET DE L’AGRICULTURE – METTRE LES SYSTÈMES ALIMENTAIRES AU SERVICE D’UNE TRANSFORMATION RURALE INCLUSIVE“, du Raffaele Bertini, Vito Cistulli, Andre Croppenstedt, Eva Gálvez Nogales, Theresa McMenomy, Ahmad Sadiddin, Jakob Skøt et Graeme Thomas, publié per la FAO

En adoptant il y a deux ans le Programme de développement durable à l’horizon 2030, la communauté internationale s’est engagée à éliminer la faim et la pauvreté et à atteindre d’autres objectifs importants, notamment rendre l’agriculture durable, permettre à chacun de mener une vie saine et d’avoir un emploi décent, réduire les inégalités et faire en sorte que la croissance économique soit inclusive. À 13 ans de l’échéance, il est nécessaire d’entreprendre dès aujourd’hui une action concertée si l’on entend réaliser les objectifs de développement durable.

Il ne pourrait y avoir de signal d’alarme plus clair que les nouvelles estimations de la FAO, selon lesquelles le nombre de personnes souffrant de la sous-alimentation chronique dans le monde s’élève à 815 millions.

L’urbanisation, l’accroissement démographique et la hausse des revenus sont à l’origine d’une forte demande alimentaire, à un moment où l’agriculture doit faire face au changement climatique et à des contraintes sans précédent liées aux ressources naturelles.

Les pays où le processus de transformation accuse un certain retard se situent principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. La majorité d’entre eux ont des caractéristiques communes: part élevée de l’emploi agricole, faim et malnutrition répandues, et fort taux de pauvreté.

L’urbanisation rapide de l’Afrique subsaharienne ne va pas de pair avec un développement comparable du secteur manufacturier et des services modernes. L’industrialisation, principal facteur des transformations passées, n’a pas débuté dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne et accuse un certain retard en Asie du Sud.

La conclusion générale de ce rapport est que la concrétisation du Programme 2030 est absolument tributaire des progrès accomplis en milieu rural, où se concentrent la plupart des personnes souffrant de la pauvreté et de la faim. Les éléments présentés montrent que, depuis les années 1990, les transformations rurales qui se sont opérées dans nombre de pays sont à l’origine d’une augmentation de plus de 750 millions du nombre de ruraux vivant au-dessus du seuil de pauvreté.

Pour que les pays à la traîne puissent obtenir les mêmes résultats, le rapport propose une stratégie qui permettrait de tirer parti de l’énorme potentiel non exploité des systèmes alimentaires pour favoriser le développement agro-industriel, accroître la productivité et les revenus des petits agriculteurs, et créer des emplois non agricoles dans les segments en plein essor des chaînes de valeur et d’approvisionnement alimentaires. Cette transformation rurale inclusive contribuerait à éliminer la pauvreté rurale, tout en participant à la lutte contre la pauvreté et la malnutrition en zone urbaine.

L’un de ses principaux moteurs sera la demande croissante émanant des marchés alimentaires urbains, qui consomment jusqu’à 70 pour cent des approvisionnements alimentaires, même dans les pays où la population rurale est importante.

Le second élément est le développement de l’agro-industrie et des infrastructures nécessaires pour relier les zones rurales aux marchés urbains. Dans les années à venir, il est probable que de nombreux petits producteurs abandonnent l’agriculture et la plupart d’entre eux ne trouveront pas d’emploi décent dans une économie rurale dont la productivité est globalement faible. Un secteur agro-industriel dynamique et le développement des services en milieu rural créeraient des emplois dans l’économie locale, en particulier à destination des femmes et des jeunes, ce qui accroîtrait les revenus et contribuerait à améliorer, dans l’ensemble, la nutrition, la santé et la sécurité alimentaire.

Le troisième élément qui sous-tend toute transformation rurale inclusive est la mise en avant de l’aspect territorial dans la planification du développement rural, qui vise à renforcer les liens physiques, économiques, sociaux et politiques entre les petits centres urbains et les zones rurales environnantes.